Titre original Santa's Workshop
Réalisation Wilfred Jackson
Sociétés de production Walt Disney Productions
Pays de production États-Unis
Durée 6 min 40 s
Sortie 1932
L'Atelier du Père Noël est le quatrième cartoon des Silly Symphonies à bénéficier de la couleur, mais également la toute première production Disney à proposer le personnage du Père Noël.


L'Atelier du Père Noël est marqué dans sa conception par la présence de quelques grands noms de l'animation tels que Les Clark, Clyde Geronimi, Norm Ferguson, Jack King, Hamilton Luske ou Fred Moore. La composition de la musique est quant à elle confiée à Frank Churchill. Le cartoon reprend, comme les précédents opus de la série des Silly Symphonies, quelques morceaux en guise d'accompagnement musical. Peuvent ainsi être reconnus des extraits de Hochzeitszug in Liliput (1926) de Siegfried Translateur et de Marche Militaire des Moments Musicaux (1872) de Franz Schubert. Le compositeur propose également deux chansons originales : Merry Men of the Midnight Sun et Near the Far North Pole. Enfin, toujours d'un point de vue sonore, le court-métrage est le premier opus des Silly Symphonies à utiliser le système d'enregistrement de RCA, Photophone.


Le cartoon s'appuie ainsi sur le folklore du Père Noël et de ses petits Elfes en s'appropriant l'apparence donnée au vieil homme par Coca-Cola. Ceci dit, contrairement à une idée largement répandue, ce n'est pas la fameuse marque de soda qui a donné au Père Noël son apparence contemporaine. Certes, en décembre 1931, Coca-Cola utilise en guise de publicité une illustration d'Haddon Sundblom qui habille Santa Claus – buvant la boisson sucrée pour reprendre des forces au cours de sa tournée – en rouge et blanc, les couleurs de la marque. D'autres dessins déclinent par la suite cette image du Père Noël Coca-Cola. Mais l'association du rouge et du blanc au personnage était en réalité déjà répandue dès la fin du XIXe siècle, comme l'attestent par exemple les couvertures du magazine satirique américain Puck publiées chaque année en décembre à partir de 1896. D'autres marques avaient quant à elles déjà utilisé le Père Noël sous une forme ressemblante : Waterman en 1907, Michelin en 1919 ou encore Colgate en 1920.


L'Atelier du Père Noël commence ainsi par un beau plan éloigné où se trouve un majestueux château enneigé, entouré de petites maisons. Au premier plan, un écriteau apprend au spectateur qu'il s'agit en réalité du fameux atelier du Père Noël tandis qu'un Elfe marche devant dans la neige avec des raquettes en portant sur son dos un gros sac rempli de courrier. La caméra avance et s'arrête près du garage où le traîneau du vieux bonhomme est nettoyé par plusieurs petits êtres qui travaillent en chantonnant. L'un précise qu'il faut se dépêcher, car le lendemain est le jour de Noël. D'autres Elfes s'occupent eux de laver le renne Fringant, comme l'indique le panneau au-dessus de son box. Un autre plan permet de mieux admirer d'autres boxes, mais aussi de voir Tonnerre se faire laver les dents et Danseur profiter d'un nettoyage de sa gueule à l'éponge. Trois autres enclos sont visibles mais vides, notamment celui d'Éclair.


La scène suivante se déroule à l'intérieur de l'atelier. Le Père Noël est en train d'ouvrir les lettres qu'il a reçues. Il lit un premier courrier d'une petite Molly qui voudrait une poupée pour Noël (« dolly » en anglais). Le jeu de mots est d'ailleurs traduit différemment en français puisque la fillette devient un garçon du nom de Peter et ce dernier veut plutôt un tracteur. La demande est, en tout cas, validée par un vieil Elfe grincheux qui vérifie dans son registre si les enfants sont gentils ou méchants. Le vieux monsieur ouvre ensuite une deuxième lettre très longue où un certain Billy Brown demande toute une ménagerie. Le Père Noël simplifie le problème en décidant de lui offrir une Arche de Noé. Le spectateur suit alors un Elfe qui se dirige vers la fabrique en elle-même, où de nombreux Elfes s'affairent à construire les jouets des enfants du monde entier. La visite se concentre ainsi en particulier sur la chaîne de montage des chevaux à bascule en insistant sur ses moindres détails et en montrant chacune de ses étapes d'assemblage.


La visite se poursuit ensuite dans l'atelier peinture. Un gag sympathique se produit lorsqu'un Elfe peint le damier d'un jeu d'échecs. Il prend alors un pinceau qu'il trempe dans un pot où la forme de la peinture se présente déjà en carrés noir et orange, se reportant à l'identique lors du badigeonnage sur la planche en bois. La caméra se dirige, après cela, vers les ateliers couture puis coiffure avant d'arriver au stand de qualité où le Père Noël vérifie que les poupées parlantes prononcent bien la phrase attendue. Une première poupée caucasienne descend ainsi du toboggan et proclame le mot « maman » tandis qu'une seconde poupée afro-américaine arrive à son tour et déclame distinctement « mammy ! ». Cette séquence des deux poupées sera régulièrement coupée lors des rediffusions du cartoon, notamment sur Disney+. Seule l'édition DVD dans la collection des Walt Disney Treasures propose la version non censurée du court-métrage.


Il faut dire que l'apparence de cette dernière poupée est une caricature de Mammy. Ce gag est un en fait clin d'œil, très commun dans les années 1930, à une chanson du long-métrage de 1927 The Jazz Singer, le premier film « live » avec dialogues et son synchronisé qui inspira Walt Disney pour Steamboat Willie. Elle fait en effet référence à l'acteur principal, Al Jolson, une icône de l'époque connue pour ses sketches « blackface ». Cette expression qualifie ainsi les comédiens blancs qui, grimés en Noirs à l'aide de maquillage accentuant un contour blanc autour des lèvres pour en simuler la grosseur, parodiaient dans des spectacles de vaudeville la vie des Afro-Américains des plantations du Sud. D'une vision totalement raciste et réductrice, ces sketches, très en vogue à l'époque, tomberaient aujourd'hui sous le coup de la loi.


Le Père Noël s'assure ensuite qu'un avion miniature vole correctement. Mais, durant son vol, le véhicule en bois fait tomber plein d'autres jouets des étagères où ils étaient stockés. Ils se mettent alors à prendre vie et se dirigent petit à petit vers la hotte du vieux monsieur. Pendant près d'une minute, une parade se forme et de nombreux jouets défilent à l'écran, notamment des soldats de plomb, une arche de Noé mécanique, un jouet caricaturant Charlie Chaplin, un diable à ressort, divers animaux en bois comme un éléphant, un âne ou des pingouins. Les Elfes placent enfin le sac rempli de jouets sur le traîneau tandis que le Père Noël s'installe devant et ordonne aux rennes de s'élancer dans le ciel. Il s'envole alors au loin, devant une lune brillante et souriante.


L'Atelier du Père Noël, malgré son âge canonique, reste encore aujourd'hui empli de charme et de fraîcheur, représentant à merveille l'esprit de Noël !
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